custom_avatar
Par le 2 avril 2014 - Blogue RSE

Avec plus de 30 ans d’expérience de travail avec les communautés à travers le monde entier et ses multiples contributions à des organismes de charité (Hull Child Family and Services, Alberta Land Institute), personne ne peut nier que le parcours de Mel Benson est impressionnant. Membre de la Nation Crie de Beaver Lake situé dans le nord-est de l’Alberta, il entretient des liens culturels avec la terre et accorde une grande valeur au développement responsable. J’ai eu la chance de le rencontrer à Brisbane, à la Conférence Boréalis, où il a prononcé un discours à propos des relations avec les communautés dans le cadre de projets extractifs. Plus spécifiquement, son message concernait les communautés aborigènes, aussi appelées indigènes à l’international. Mel Benson a soulevé un point intéressant : lors de la gestion des relations avec les communautés, les entreprises doivent considérer « les risques d’émettre des promesses impossibles à réaliser » et « le fait d’essayer de résoudre les problèmes des personnes que vous ne comprenez pas ». Afin de comprendre ce que cela implique pour les entreprises extractives et les communautés, développons davantage ces deux idées.

Faire des promesses que vous ne pouvez pas tenir

Quand nous analysons des études de cas, nous remarquons que les problèmes récurrents qui affectent la plupart des relations avec les communautés sont la notion du temps et l’absence d’une langue commune. La divergence entre la façon dont les entreprises et les communautés perçoivent le temps réside dans leurs objectifs. Alors que les entreprises veulent suivre un calendrier strict afin d’obtenir des ressources le plus rapidement possible et ainsi générer des revenus, les communautés, de leur côté, se donnent comme mission de protéger leur culture et leurs traditions. Les entreprises et les collectivités concernées se doivent donc d’échanger et de s’entendre ensemble. Il est normal que les communautés s’attendent à bénéficier des projets extractifs, d’autant plus que les aspects positifs n’abondent pas dans de telles situations. Malgré tout, c’est la responsabilité des entreprises de faire preuve de transparence dans leurs communications : c’est le seul moyen efficace de laisser place à un dialogue entre les deux parties et possiblement de développer une relation à long terme. Il n’est pas recommandé de déléguer les négociations à des personnes n’étant pas en mesure de prendre des décisions. En fait, les cadres supérieurs doivent s’impliquer dès le début du projet et durant la mise en œuvre du celui-ci, ils doivent assurer une présence constante auprès des communautés. Avez-vous déjà remarqué que les dirigeants sont beaucoup plus réticents à briser des promesses qu’ils ont faites eux-mêmes?

Résoudre des problèmes de personnes que vous ne comprenez pas

Mel a partagé une citation bien intéressante de Robert Fulghum, auteur du livre All I really Need to Know I Learned in Kindergarten : ne prenez pas en charge des choses qui ne sont pas les vôtres, partager tout et nettoyer votre propre désordre. Ces principes élémentaires s’appliquent dans différents contextes, Mel les a d’ailleurs comparés à l’engagement avec les communautés. Il souligne toutefois comment cette idée est erronée puisqu’elle suppose que nous avons tous vécu une expérience commune, voire similaire, ce qui n’est pas le cas. Nos origines ne se ressemblent en rien et donc nos expériences, nos croyances et nos cultures sont en contraste; supposer que nous sommes tous motivés par les mêmes éléments est alors inexact. Les entreprises doivent s’engager avec les communautés afin d’évaluer leurs besoins en délaissant l’idée que de s’engager avec les communautés locales est cadeau. Ce ne l’est pas, c’est un droit dont elles disposent. De leur côté, les communautés autochtones ont aussi des efforts à fournir. Elles doivent accepter le fait que leur culture n’est pas statique et qu’elle évolue au fil du temps. Il faut l’admettre, conserver un mode de vie traditionnel comme elles font est remarquable, mais ce n’est pas le principal moteur de l’économie, reconnaissons-le. Aucune société ne peut aujourd’hui exister sans liquidité et les dirigeants des communautés doivent prendre des décisions s’ils désirent participer à l’économie telle que nous la connaissons.

Les clés du succès

Plusieurs facteurs externes et internes influenceront les relations entre les entreprises et les communautés d’accueil de ces projets. Avouons-le, pour développer et entretenir des relations durables, des efforts considérables doivent être investis en dialogue et en échanges. Les deux parties doivent être disciplinées : chacun devrait arriver avec des exigences réalistes lors des négociations et devrait par le fait même prendre conscience des différences qui les distinguent. De plus, une approche gagnant-gagnant demeure une approche à privilégier. Plus tôt les deux parties se rendent compte que le chemin de la réussite implique beaucoup plus que la négociation monétaire, plus leur relation sera épanouie. La valeur à long terme peut se développer que s’il y a un partenariat harmonieux. En effet, le renforcement des capacités des individus, l’accès aux emplois pour les membres de la communauté, les occasions d’affaires pour les entreprises locales et une reconnaissance des valeurs historiques de la culture de la communauté sont tous des éléments qui doivent être pris en considération par l’équipe de gestion avant même la mise en œuvre d’un projet. Enfin, il est recommandé que les décisions prises par les compagnies considèrent une vision collective de la communauté pour l’avenir.

Discussion