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Par le 11 janvier 2016 - Blogue RSE
Votre organisation réalise des projets de développement socioéconomique, environnemental ou de bienfaisance qui améliorent la vie des communautés? Est-ce vraiment pour autant une démonstration de responsabilité sociétale? Pas si sûr!

Il est de bon ton pour les entreprises contemporaines de soigner leur image publique par des investissements de développement socioéconomique et de préservation environnementale – aussi bien communiqués que possible – que ce soit pour émailler leur marketing ou pour conforter leurs clients. Ou encore, à l’instar des entreprises à fort impact sur les milieux humains et naturels, pour se mériter l’acceptabilité sociale et satisfaire à des exigences réglementaires. Pareils investissements n’ont-ils de sociétal que l’apparence, ne servant au final que des objectifs de rentabilité et de conformité? Ou, presque au contraire, ces projets de développement pourraient-ils refléter une volonté réelle des décideurs de poser des gestes dépassant l’intérêt corporatif et répondant aux besoins des collectivités de la zone d’influence sociale? Quand peut-on parler de véritable responsabilité sociétale de l’entreprise?

Les définitions de la RSE abondent sans qu’aucune ne fasse encore l’unanimité. Ces définitions varient selon le point de vue: moral, légal, social, managérial ou développement durable. Sans prétendre réussir là où les plus érudits échouent encore, rappelons l’une des définitions de la RSE qui, à notre sens, vieillit le mieux, grâce à son amplitude, léguée en 2007 par la Harvard’s Kennedy School of Government:

« La Responsabilité sociétale de l’entreprise englobe non seulement ce que les entreprises font avec leurs profits mais aussi comment elles les génèrent. Au-delà de la philanthropie et de la conformité, la RSE traite de la façon dont les entreprises gèrent leurs impacts socioéconomiques et environnementaux, aussi bien que leurs interactions dans toutes les sphères d’influence clés : le milieu de travail, les milieux d’affaires, la chaîne d’approvisionnement, les communautés et le domaine public. »

Son corollaire prépare bien à comprendre ce qu’est une véritable politique RSE:

Nul réinvestissement de profits par une entreprise au bénéfice des collectivités ne saurait éclipser la façon dont ces profits ont été acquis en premier lieu. Une entreprise qui maintient de mauvaises pratiques sociétales dans la conduite régulière de ses affaires fait preuve d’irresponsabilité sociale, peu importe ses activités philanthropiques, ses projets de développement durable ou ses initiatives de développement socio-économique.

Cet énoncé invite à examiner la responsabilité sociétale manifestée par l’organisation en amont des sommes réinvesties en projets socioéconomiques, c’est-à-dire plutôt (et plus tôt) dans ses interactions dans toutes les sphères d’influence clés : milieu de travail, milieux d’affaires, chaîne d’approvisionnement, communautés et domaine public – ayant conduit à la génération de ses profits. Quels comportements traduisent la mise en place d’une politique RSE véritable? Sans prétendre à l’exhaustivité, voici quelques bonnes pratiques à rechercher, particulièrement chez les entreprises à forte empreinte socio-environnementale:

Bonne gouvernance. La RSE implique transparence et éthique dans les processus d’affaires. Une organisation compromise par des transactions non éthiques avec certaines parties prenantes sape d’un coup la crédibilité de ses investissements communautaires. Investir simultanément dans la construction (par des projets de développement social) et la destruction (par la corruption, par exemple) d’un pays ou d’une collectivité est insoutenable d’un point de vue sociétal.

Recrutement local. Recherchez un processus d’embauche clair, largement diffusé, compris et utilisé par les chercheurs d’emploi, et favorisant l’embauche locale, appuyé par des politiques internes de gestion du personnel qui dépassent intelligemment les stipulations de la législation du travail en vigueur.

Approvisionnement local. Un processus sociétal équitable privilégie les fournisseurs locaux, facilite leur participation aux appels d’offres et prévoit des mesures de développement des entreprises désireuses de cheminer vers une meilleure conformité aux normes de qualité reconnues.

Autorisations environnementales. Une bonne RSE commande que l’entreprise fasse appel à des experts fiables pour réaliser ses études d’impacts mais qu’elle prenne sur elle l’élaboration des plans de gestion et d’atténuation de ces impacts, en concluant au préalable une convention sur les impacts et bénéfices avec les communautés impactées.

Consultations publiques. Recherchez les entreprises qui multiplient, allongent et structurent les temps de rencontres pour générer activement l’implication des parties prenantes. Autant d’opportunités de faire émerger les préoccupations et les enjeux, de tuer les conflits dans l’œuf et de paver la voie au développement projeté.

Effets collatéraux. En cas d’impair affectant les milieux humains ou naturels, une entreprise responsable s’engage à une déclaration immédiate, à la mise en oeuvre de mesures d’urgence destinées à protéger les formes de vie en présence, des explications claires sur les raisons de l’incident, sur les mesures correctives et surtout, sur la façon dont ce type d’incident sera évité à l’avenir.

Respect du patrimoine. Identifiez les projets d’infrastructures dont les plans d’origine ont été modifiés pour tenir compte de la présence de sites sensibles, d’intérêt culturel, touristique ou scientifique sur le territoire convoité et qui appliquent des procédures spécifiques pour les préserver, voire participer à leur mise en valeur.

Dialogue continu. Une bonne RSE appelle des espaces réguliers d’échange avec les collectivités lors desquelles les parties prenantes peuvent prendre une part active à certaines décisions de l’entreprise.

Mécanisme de traitement des plaintes et doléances. Au-delà des numéros verts ou des boîtes à suggestions, recherchez un processus clair et prévisible, validé très tôt par les communautés impliquées. Un traitement équitable et empressé par des employés respectueux des individus concernés, conscients que chaque interaction constitue une opportunité d’amélioration pour l’entreprise.

Des investissements communautaires pertinents et bien concrétisés ne peuvent que couronner des attitudes et processus typiques d’une entreprise citoyenne, et non en masquer ou en faire oublier les déficiences.

À propos de Eric Gagnon
En 20 années de management/conseil en gestion de projets, RH puis RSE, Eric a soutenu la performance sociale de plusieurs organisations au Canada et en Afrique francophone, dans des secteurs aussi exigeants que l'humanitaire et l'extractif. Aujourd'hui basé à Madagascar, il facilite l'accès aux produits et services Boréalis aux investisseurs engagés dans le développement de projets structurants et durables en Afrique et dans l'Océan Indien.

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