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Par le 10 Décembre 2013 - Blogue RSE

Les entreprises des industries extractives ont différentes manières de gérer leurs relations avec les communautés situées à proximité de leurs projets : via des programmes d’investissement social mais aussi par l’entremise de leur personnel, leurs consultants et par la façon qu’elles opèrent pour fournir des biens, construire des infrastructures et utiliser les ressources. Les entreprises qui tissent des relations harmonieuses avec les communautés sont plus à même d’obtenir et maintenir un accès aux terres, un environnement de travail stable et elles sont en meilleure posture pour concilier les pressions sociales. Cependant, certaines compagnies refusent de voir le lien existant entre le succès d’un projet et les bonnes relations avec les communautés. Pourtant, quand elles négligent les relations communautaires, elles s’exposent à des dépassements de coûts, des délais et cela peut ultimement entraîner l’arrêt du projet. Ed O’Keefe est directeur chez Synergy Global, une compagnie qui offre des services-conseils dans la gestion d’enjeux sociaux et communautaires. Jetant un regard sur ses 20 ans d’expérience auprès des communautés affectées par les projets extractifs, il partage avec nous certaines de ses observations.

Sarah Busque : Certaines entreprises ont établi d’excellentes relations avec leurs communautés d’accueil. Qu’ont-elles en commun?

Ed O’Keefe : Notre expérience démontre que les compagnies jouissent d’une grande latitude pour améliorer leurs relations avec les communautés. Mais c’est également un défi constant : comment faire pour gérer cet enjeu au même titre qu’on gère les finances ou les ressources humaines et techniques? Les grandes entreprises des secteurs extractifs se tirent habituellement bien d’affaires dans les autres domaines, et lorsqu’elles envisagent d’appliquer les mêmes principes et pratiques aux relations communautaires, elles réussissent la plupart du temps. Toutefois, il y a des limites dans la capacité des entreprises à gérer leurs relations avec les communautés, en raison de facteurs externes tels que la nature de la communauté elle-même, les enjeux de gouvernance, le niveau de pauvreté et les préoccupations liées aux capacités des gouvernements locaux et nationaux. Dans ces cas précis, les compagnies ont tout intérêt à bien analyser la situation afin d’obtenir un portrait complet de ce qui se déroule sous leurs yeux. Avec ce recul, elles seront mieux équipées pour répondre adéquatement aux défis qui se posent et à continuer de bien gérer leurs relations communautaires; même si les circonstances sont nettement défavorables.

S.B. : Concrètement, que doit-on mettre en place pour développer et maintenir de bonnes relations avec les communautés?

E. O. : Les entreprises doivent comprendre comment les relations communautaires sont liées à leurs activités et adapter leur mode de gestion en conséquence. Elles doivent aussi comprendre le contexte et l’environnement social dans lesquels elles opèrent, les exigences qui en découlent et l’évolution qui s’ensuit. Elles pourront par la suite mettre en place des mesures pour concilier les impacts, tirer le meilleur parti des opportunités et gérer le risque de manière efficace. La clé du succès, c’est de s’engager dans une relation, même si cela peut être difficile et complexe. Le mécanisme de base, lui, n’a rien de sorcier : il faut être sur le terrain, comprendre l’environnement, s’engager, parler et écouter. Le vrai défi réside dans la concrétisation des choses. Il est facile de dire «tissez des liens», «comprenez le contexte», mais souvent le véritable enjeu est interne; par exemple pour obtenir l’assentiment, l’engagement, le support, les ressources et leur coordination à l’intérieur même de la compagnie.

S.B. : Quelles sont les qualités et compétences requises pour être un bon praticien des relations avec les communautés?

E.O. : Certaines compétences sont plutôt de type relationnelles et relèvent des valeurs personnelles, alors que d’autres concernent la capacité à bien faire le travail : avoir de l’empathie pour les communautés, les comprendre, et avoir de la facilité à communiquer et à s’engager. Très souvent on voit des agents de relations communautaires qui sont isolés dans leur propre compagnie, alors que pour bien faire leur travail, ils ont besoin d’être en contact avec le reste de l’entreprise, pour sentir comment les relations qu’ils bâtissent avec les communautés aident à améliorer la performance de leur employeur. Dans le passé, les praticiens des relations communautaires avaient du mal à se faire reconnaître comme professionnels. Ils provenaient d’autres disciplines, telles les relations publiques, les relations gouvernementales, les communications et quelques-uns avaient un profil plus technique. Aujourd’hui encore, leurs compétences ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur, mais leur discipline l’est pleinement et il devient aujourd’hui possible d’acquérir les compétences requises. Une partie de l’équation consiste d’ailleurs à recruter des gens compétents dès le départ. Les compagnies recrutent désormais des praticiens en relations communautaires parce qu’ils maîtrisent ces compétences, mais on en voit aussi qui embauchent du personnel d’autres départements parce qu’ils ont acquis les compétences en ce domaine. Par exemple, des compagnies d’exploration ont recruté de brillants géologues qui sont aussi habiles pour les relations communautaires; cela fait maintenant partie du curriculum de plusieurs secteurs professionnels.

S.B. : Avez-vous un dernier conseil pour les relations communautaires?

E.O. : Commencez tôt! L’expérience démontre que pour s’investir et gérer les relations avec les communautés, les compagnies ne commencent jamais trop tôt. Aussitôt qu’elles mettent les pieds dans un nouvel environnement elles établissent des relations communautaires, qu’elles le veulent ou non. Elles devraient donc reconnaître et comprendre l’importance de gérer ces relations car l’entreprise, ses employés, ses consultants et l’ensemble de ses activités affectant les communautés exercent déjà une influence sur ces relations.

Veuillez noter que les idées et opinions exprimées dans cet article sont celles de leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de Boréalis.

À propos de Sarah Busque
Sarah est une spécialiste en communications, marketing et relations publiques avec un intérêt marqué pour les problématiques sociales et environnementales, et la RSE. Depuis plus de cinq ans, elle collabore avec diverses organisations pour produire du matériel intelligible qui offre un approche simplifié à des concepts complexes. Elle croit que le marketing peut être utilisé pour davantage que son but traditionnel de vente : celui-ci peut aider à la dissémination d’information importante pour améliorer le monde. Sarah est une globetrotteur enthousiaste qui passe ses journées de congé dehors, soit en planche à neige, en randonnée, ou en plongée.

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